Le 22 octobre dernier, la première édition de la « Manip Fum'ss » a eu lieu sur le campus Arts et Métiers de Lille, un événement organisé par des étudiantes afin d'échanger sur la place des femmes dans les études d'ingénieur et dans l'industrie. Pour l'occasion, plusieurs diplômées sont revenues sur leur parcours professionnel afin de partager leur expérience avec les étudiantes du campus.
À l'origine de cette initiative, Sanaé Pulcini, étudiante en deuxième année du Programme Grande École, engagée à la fois dans la vie de promotion et dans les actions de bien-être étudiant sur le campus.
« Manip Fum'ss » : une soirée pour mettre en lumière les femmes ingénieures
À l'origine de cette première édition de la "Manip Fum'ss", Sanaé Pulcini, étudiante en deuxième année du Programme Grande École. Également engagée en tant que référente bien-être sur le campus de Lille, elle revient sur son parcours, son engagement auprès des étudiants et les raisons qui l'ont conduite à organiser cette soirée consacrée à la place des femmes dans les études d'ingénieur et l'industrie.
Quel est ton parcours et pourquoi as-tu choisi Arts et Métiers ?
J'ai effectué une classe préparatoire PT/PTSI avant d'intégrer Arts et Métiers. J'ai choisi cette école pour son caractère très technique, qui met l'accent sur la pratique, mais aussi pour sa formation humaine, qui valorise la fraternité. On m'avait assuré que l'ambiance au sein des promotions ne ressemblait à aucune autre et que la grande majorité des élèves y trouvaient leur place et s'y sentaient bien. J'ai pu le confirmer dès mon arrivée.
Comment vis-tu aujourd'hui ton expérience au sein d'Arts et Métiers ?
Je m'épanouis pleinement dans cette école. Au-delà d'une formation académique très complète, elle offre la possibilité de s'investir dans une vie associative particulièrement riche. On y apprend à prendre des responsabilités et à vivre ensemble. J'apprécie tout particulièrement que les promotions soient de taille modeste : elles forment un groupe soudé, où tout le monde se connaît et où l'entraide est une véritable valeur. C'est une expérience de vie que je recommande à toutes celles et tous ceux qui s'intéressent au monde de l'ingénierie.
Tu fais partie des étudiants engagés sur les questions de bien-être étudiant. En quoi consiste concrètement ce rôle ?
Sur le campus de Lille, nous sommes quatre étudiants à nous en occuper. Nous nous engageons à être les relais santé mentale des élèves du campus, à être à l'écoute de leurs besoins et de leurs difficultés. Pour cela, nous avons suivi des formations sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) et sur la santé mentale (PSSM), afin de disposer des meilleurs outils pour accompagner nos camarades. Nous sommes également informés de l'ensemble des aides proposées par l'administration, qui travaille en lien étroit avec nous. Notre rôle est de renseigner et d'orienter celles et ceux qui en ont besoin.
Pourquoi as-tu souhaité t'investir dans cette mission ?
J'avais envie de m'investir au sein de ma promotion et de me sentir utile. Le rôle de responsable bien-être, qui consiste à veiller sur celui de mes camarades, est celui qui me correspondait le plus. Pour moi, le plus important dans les études est de s'y sentir bien : sans cela, il est difficile d'avancer et de réussir. Mettre mon temps au service des autres, les écouter et les aider à surmonter leurs difficultés était donc une priorité.
Comment est née l'idée de la Manip Fum'ss ?
La « Manip Fum’ss » (Fum’ss = Femme) a pour objectif de mettre en lumière des étudiantes de notre promotion, ainsi que des anciennes élèves. Avec mes camarades, nous avons constaté qu'aucune étudiante n'occupait de rôle à forte responsabilité visible auprès des élèves de première année. Nous ne voulions pas que les étudiantes se mettent, parfois inconsciemment, des barrières dans leur manière de s'investir au sein de leur promotion. Nous souhaitions leur transmettre un message : osez faire tout ce qui vous plaît.
De là est née l'idée de la manip. Nous avons ensuite voulu l'élargir au monde professionnel et à l'ensemble de la promotion, pour encourager chacune et chacun à oser faire ce qu'il ou elle souhaite, indépendamment des préjugés.
Quels étaient les objectifs de cette soirée ?
Notre premier objectif était de montrer que les étudiantes ont su trouver leur place, malgré leur faible nombre. Nous voulions aussi faire revenir d'anciennes élèves pour qu'elles témoignent du chemin parcouru par les femmes, dans notre école comme dans le monde du travail. Il s'agissait enfin d'aborder les stéréotypes et les inégalités qui persistent, car c'est par la prise de conscience que l'on forme une génération d'ingénieurs sans préjugés, qui laisse à chacun sa place.
Y a-t-il un témoignage qui t'a particulièrement marquée au cours de la soirée ?
Plusieurs témoignages m'ont marquée : des remarques déplacées et dénigrantes subies lors d'entretiens d'embauche, le combat d'étudiantes pour pouvoir porter un pantalon plutôt qu'une jupe en guise d'uniforme, ou encore leur lutte pour obtenir des équipes de sport féminines au sein de l'association. Ces récits rappellent que les droits dont nous bénéficions aujourd'hui ont été gagnés de haute lutte par celles et ceux qui nous ont précédés. Et qu'il ne tient qu'à nous de prendre la relève.
Quel message espères-tu faire passer à travers cet événement ?
Qu'aucune porte n'est fermée. Malgré les stéréotypes, c'est à nous d'oser et de montrer que nous sommes capables de tout, pour qu'à l'avenir cela ne soit même plus une question. Il est également important pour moi d'inclure les hommes dans cette démarche, car ces convictions ne doivent pas être portées uniquement par les femmes. J'espère aussi qu'ils retiendront que le genre n'a rien à voir dans tout cela.
Quel message adresserais-tu à une lycéenne ou à une étudiante qui hésite à s'orienter vers des études d'ingénieur ?
Ose, car tu y seras à ta place. Sois convaincue que tu en es capable, parce que c'est le cas. L'endroit où l'on est à sa place, c'est tout simplement l'endroit où l'on souhaite être ; de même, le poste qui nous correspond est celui que l'on a envie d'occuper. Chacun et chacune devrait garder cela en tête.
Pourquoi était-il important pour toi d'organiser cet événement ?
C'est un sujet qui me préoccupe et qui me concerne directement. Plus largement, je trouve essentiel de se battre pour que chacun puisse être ce qu'il souhaite dans une société qui reste trop souvent normée. Pouvoir partager ce message qui me tient à cœur à l'échelle de notre école est un honneur et un plaisir. J'espère que cette soirée aura contribué, ne serait-ce qu'un peu, à ce que chacun s'investisse dans cette cause et s'interroge sur ces questions.