Rencontre avec Maria Pina Limongeli, professeure invitée

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Accueillie pendant deux mois à Arts et Métiers en tant que professeure invitée, Maria Pina Limongeli revient sur sa collaboration avec le professeur Nazih Mechbal, les atouts de la recherche internationale et les perspectives offertes par ce partenariat scientifique.

Cette diversité enrichit nos recherches et nous permet d'aborder les défis sous différents angles.

Quelles ont été les raisons qui vous ont poussé à accepter cette invitation à Arts et Métiers ? 

 Ma décision d'accepter ce poste de professeure invitée a été principalement motivée par l'opportunité d’initier une collaboration sur la surveillance de l'état des structures composites, un sujet qui fait le lien entre ma formation en génie civil et l'expertise du professeur Nazih Mechbal en matière de systèmes aéronautiques. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois lors d'une conférence aux États-Unis il y a quelques années, où nous avons découvert notre intérêt commun pour les technologies de détection et les algorithmes de traitement des données. Bien que nous travaillions dans des domaines différents, les outils et les approches que nous utilisons sont assez similaires. Ce point commun nous a incités à explorer comment les techniques issues des composites aéronautiques pourraient être adaptées à des applications en génie civil, telles que les bâtiments et les ponts en bois. L'idée de transférer des connaissances entre ces domaines, en particulier dans un contexte où la durabilité et l'économie circulaire occupent une place de plus en plus importante, a été l'une des principales motivations à cette collaboration. 

Notre collaboration a débuté par des discussions lors de conférences internationales et s'est transformée en une initiative de recherche commune. Nous avons ensuite organisé un atelier qui a rassemblé des collègues de Suède, de France et d'Italie, ainsi que des partenaires industriels. L'objectif était de favoriser la création d'un réseau interdisciplinaire axé sur la surveillance de l'état des structures composites, en mettant l'accent à la fois sur la recherche et les applications pratiques. Nous souhaitons établir des liens avec l'industrie afin de comprendre les défis, explorer les possibilités de projets communs et investiguer les possibilités de financement. Le professeur Mechbal a joué un rôle déterminant dans l'invitation de collègues français et la création de ces liens. 

Comment vous êtes-vous senti durant vos deux mois d’invitation ? 

Paris n'est pas une ville nouvelle pour moi, ma famille y vit et j'y passe beaucoup de temps, mais Arts et Métiers est un nouvel environnement. J'ai été impressionnée par l'étendue des laboratoires et des installations d'essai disponibles. Cela ouvre des possibilités passionnantes pour de nouvelles collaborations entre mon institution d'origine à Milan et Arts et Métiers. Il m’a été très utile de découvrir la culture de recherche sur le terrain et d'identifier les domaines dans lesquels nos équipes pourront travailler ensemble à l'avenir. 

Selon vous, quel est le principal avantage des collaborations scientifiques avec d'autres pays ? Y a-t-il quelque chose que vous appréciez particulièrement dans vos collaborations avec la France ou avec Arts et Métiers ? 

Les collaborations internationales sont précieuses pour lancer de nouvelles activités de recherche et renforcer celles qui existent déjà. J'ai eu la chance de travailler dans plusieurs pays, et chaque expérience m'a apporté de nouvelles perspectives et opportunités. Les collaborations sont souvent plus efficaces lorsqu'elles s'articulent autour de projets spécifiques, tels que les échanges de doctorants, où chacun a des objectifs clairs. Ce qui distingue Arts et Métiers, c'est son éventail unique d'installations d'essai, qui complète l'expertise et les ressources de mon établissement d'origine. Cette diversité enrichit nos recherches et nous permet d'aborder les défis sous plusieurs angles. 

Qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour vos thématiques de recherche ? 

Mon intérêt pour la surveillance de l'état des structures a commencé pendant mon doctorat, qui portait sur la surveillance sismique en Italie, un pays sujet aux tremblements de terre. Au fil du temps, mes recherches ont évolué, passant de l'étude des structures en maçonnerie soumises à des charges sismiques à la surveillance des ponts en conditions d'exploitation. L'effondrement tragique d'un pont à Gênes en 2018 a suscité un énorme intérêt pour les systèmes de surveillance de l'état des structures, qui sont depuis devenus une priorité en Italie. La collaboration avec des experts du secteur aérospatial, où la surveillance de l'état des structures est plus répandue, a été particulièrement inspirante et a élargi la portée de mes travaux. 

Quand avez-vous décidé de travailler comme chercheur ? 

J'ai décidé de me lancer dans une carrière de chercheuse immédiatement après avoir obtenu mon master. J'ai toujours aimé étudier et apprendre, donc poursuivre avec un doctorat puis rester dans le milieu universitaire m'a semblé être un choix naturel. Pendant mon doctorat, j'ai envisagé d'autres options, mais finalement, j'ai trouvé que la recherche était la voie la plus épanouissante. 

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants intéressés par une carrière dans la recherche dans votre domaine ou dans tout autre domaine ? 

Mon principal conseil est de viser l'indépendance et la curiosité. S'il est important d'apprendre auprès de ses superviseurs, il est essentiel de devenir autonome et proactive, notamment dans la rédaction de propositions et l'obtention de subventions. La recherche est une carrière enrichissante pour celles et ceux qui sont passionnés par la découverte et l'apprentissage, mais ce n'est pas la meilleure voie pour ceux qui sont principalement motivés par le gain financier. La liberté et la stimulation intellectuelle sont les véritables récompenses de cette profession.

 

 À propos de Maria Pina Limongeli

Maria Giuseppina Limongelli est une experte reconnue en ingénierie sismique et en surveillance de l'état des structures (SHM). Elle est diplômée en génie civil de l'université Politecnico di Bari et titulaire d'un doctorat en ingénierie sismique de l'université Politecnico di Milano. Après avoir acquis de l'expérience dans le domaine du génie-conseil, elle a poursuivi une carrière universitaire à l'université Politecnico di Milano, où elle est aujourd'hui professeure associée et enseigne plusieurs cours d'analyse et de conception des structures. Elle dirige le groupe de recherche SPM3, composé de 17 ingénieurs, et a supervisé de nombreux doctorants et étudiants en master. Son activité scientifique est illustrée par plus de 180 publications, une forte implication dans des projets européens et nationaux, et des responsabilités au sein de comités scientifiques internationaux. Elle est également vice-présidente de l'IABSE et membre de plusieurs comités européens de normalisation et de politique.

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